POUR UN KORUS (été 2014)

 

LOST-RUNE

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tout a tout aurait commencé comme ça, je crois : un jour, à Bastille
à Bastille la station, au bastinguage d’une fenêtre qui donne sur le Canal
accoudé un instant pour écouter un air de guitare, le regard dans le vide
puis dans la vie :
ne pas être tout à fait sûr de ce qu’on voit
le désir d’élucider un mot vu de loin, en contre-bas
un tag sans doute mais laissant planer le doute
[qui nous échappe ou qui nous invite]
un micro-mirage / un bord de rive lucide
un temps de rêve qui cède
au bord du Canal de l’Arsenal

[L.ST]

est-ce LIST ou LOST ?
tu te décides à faire tout le tour, d’en avoir le coeur net
cette voyelle manquante et flottante te rendrait presque inquiète
et c’est toute une étoile à cinq mots qui se mettrait à tourner sur ses pentaculaires
c’est dans une langue étrange/étrangère : 
LAST la première ou la dernière,
LEST de peur que ce mot pèse,
LOST comme ceux qui sont perdus en mer,
LIST la manière dont la tête énumère et peut être l’écriture première
LUST_IMG_3399
c’était LUST
l’envie pure, le désir par qui tout part

c’était LUST et quoi de plus émoustillant
c’était LUST à éclater de rire

car sur le mur où tu te tenais quelques instants plus tôt
car sur le mur, specatulaire, ce mot, cette immense et rose 
ce
[RUNE]RUNE_IMG_3405

car dès qu’une lettre tinte elle est rune
et dans chaque mot ce qui n’arrive pas à s’éteindre c’est la rune
c’est l’ossécaille, coquille ou carapace qui se fissure en ligne en signe, 
c’est la naissance de l’écriture oraculaire
où l’on mélange du hasard à l’inventaire des formes du monde pour produire un lexique

la profondeur d’un mot, la portée d’un sort quand il est jeté pur,
un mot comme une matière commune / comme des immatériaux

et cette envie dévorante, depuis lors
de lire les tags comme un amas de runes oraculaires,
à interpréter selon l’usage immédiatement envisagé
comme un jeu de piste écrit improvisé 
mais par personne en particulier
aux yeux de tous —

des mots sus, des mots sons, entendus autrefois, lus la veille.

avec des mots qui nous appartiennent tous
où sont nos commons ? Ils sont en monceaux, en morceaux
sont cela même qui s’ammoncelle :
peut-on s’offrir, offrir un nom ?
Les mots eux aussi ont des anniversaires
propriétaires universalitalitaires et d’univers légataires
les mots de notre propre langue, les mots de toutes les autres
aucun d’entre eux privé.

Les champs magnéto éclairent la chambre émagnétique

notre arsenal et ce qui nous attire dans l’attirail
ce qui s’y noue, ce qui déraille
et notre seul (bien) matériel

à nous de ramasser les runes miraculeuses
dont notre instinct aura besoin.

car la ville est pleine et trop-pleine de mots,
comme entre trois royaumes / qui se toisent et jamais ne se taisent
la rue sa plaque le pannonceau, l’annonce du plan où nous errons
la marque, l’enseigne et la réclame,
braqués comme sur l’œil : ici pompoms pompes et harpons !
et le graffito aussitôt déclaré l’hors-jeu, le larcin, l’hors-champ, 
l’hors-scène et même l’obscène : le signe à l’affût.

Car les murs, dès que la voie est libre et depuis qu’il y a des murs
sont l’objet de coups de cris et de coups crayons, 
de coups de mine et de coups de sillons.
le doigt, le stylet, le stylo, le canif, la craie, la bombe 
et le magique marqueur (!)
de son vrai nom

toute une vie organique des signes apparaissant soudain
des noms communs, des noms divins,
des inexplicables, des inexcusables,
des indéchiffrables et des indestinables.
et des irremplaçables et des inattendus.
certains mots ont voyagés mille ans, pour s’y ficher, s’y afficher,
tellement indistincts qu’on les appelle tagués

alors lesquels cueillir ?
mais celle dont l’oeil palpe les sons, ceux qui sonneront creux
justement d’être pleins
parce qu’ils ont du coffre, parce qu’ils sont des coffres

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[ATOM]
alors autant commencer par le commencement, par le tome un volume A
par l’ATOME qui-ne-se-divise-pas, l’A-TOMOS ou l’insécable quoi
et c’est son vrai nom et c’est sa belle intuition de ce que la matière a en commun
mais c’est un faux : en deux en trois syllabes, l’atome n’échappe ni à la faux,
ni au jeu des échelles passant au micro : 
entrée mixte et mic-mac subatomique.
Qui est une sphère, qui est un nuage, qui est une image, qui est une constellation
non du Lion, mais du Liant.

Il en va de même pour les mots
qu’on touche comme un solide, et qui semblerait même indivisibles
en tant qu’entrées en tant qu’identifiés en tant qu’identités
et qui s’effritent en lettres
à remettre au sac, à la casse comme des jetons de plastique ou d’ivoire, 
qui tombent confondues comme du plomb
soustraites
et mélangées à nouveau.

et voici que les tags présente en monodose / empirique
un peu de cette matière / quantique antique
avec les mutations de rigueurs (beaucoup de K — beaucoup de causes)
beaucoup d’entorses faites à tout l’solfège alphabétique.
mais les mots à double-fond sont si propice à la pensée du marcheur 
qui ricochète
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Au ricochet.
L’Atome et l’ADN s’adonnent ensemble au temps qui braise
pour que ça croisse et pour qu’ça brise

Il n’est pas exclu qu’il n’y ait dans le langage une bonne dose de Chaos et d’os
mais rien n’exclut la chance, rein n’exclut la trouvaille et toute sa branche épiphanique
rien n’exclut la merveille.

Nous nous posonserons toujours cette la question du sens : de la scintillation, 
que nous nommions les choses ou que les choses nous rapportent à leur propre nom
au travers du grésillement, du bruit ambiant, 
du roulement du sable sur le sable qui assourdit le plongeur, 
du cancer des klaxons, des étaux, du chahut, de la lutte
à travers le crépitement sur tous les spectres sensibles et insensibles de flashs et de détonations silencieuses, à flanc de falaise, à fleur de peau.

Nous sommes tous

si démunis et si nus dans ce bruit de fond,
dans ce noise qui va s’annihilant
Ou dans la noise au-delà de la source du Nil

NILENOISE
[NOISE]

noise et nautique sont cousin, sont sublimes
ils ont Nausicaa pour cousine
et naus pour ancêtre commun

et quelle figure de peu de proue
dit mieux la dérive à laquelle tous les mots se livrent
qu’un mot bateau à tout égard,
qu’une nuit de noce en mer
que cette naus : qui signifiait la nef, le vaisseau.

tout à la corde étymologique ou la surprise sans fond qui fonde
la généalogique ou variable du sens
dans des ses droites lignes dans ses rebondissements
et comme les lettres dansent à l’aune accélérée des siècles
avec les permutantes avec l’hyper-mutant
s’amuissent ou bien se rockalisent

Tout bord tranchant allant à la mousse, à l’écume au courant.
Certains mutant, certains montant à bord 
et certains échangés, réfugiés, refusés ou transfusés 
à l’occasion d’une invasion

Et tous le devant autant à la chance
qu’à la tectonique des planques
super-plaqués sur la langue,
qu’à la mécanique des prismes.

noise et nautique sont cousin, sont sublimes
ils ont Nausicaa pour cousine
et naus-ia pour ancêtre commun

et comme la mer s’est retirée, comme le bateau a disparu, 
comme nous resté cette seule nausée.

Qui nous querelle qui équivaut au mal de mer
et qui s’est trop longtemps interposé aux tympans de cette nef
mais qu’est-ce qui nous donne aujourd’hui le mal de nerfs ?
la ville à deux doigts du trop plein / du trop pris

pour un univers de vertige
ou le roulis fait sa loi fait sa férule à la va-toujours-plus-vite

et que des flux de vide ou de vacarme
nous aboliraient l’oreille-interne

et que les tags eux aussi appartiennent au bruit de fond, à la confusion,
à la périphérie de la vision
mais qu’est-ce qui n’est pas pour nous, aujourd’hui, pollution ?

mais tout ce qui dans le tag tangue
mais le tag adéquat à la minute à l’heure au moment au mot
qu’on avait sans le savoir sur le bout de la langue :

à nous de pirater les mots / quels qu’ils sont où qu’ils soient
à ré-apprivoiser même les déflagrations / à braconner l’image

la noise est une musique qui a su recréer la mer entière
comme une marée de basses à la  frontières des corps
& des sous-bassements

comme il y avait un art de chavirer de bord
car on a navigué avant les cartes, avant l’affaire du point,
à l’oreille, à vue de nez, au son du vent,
avant de faire le point à coup de sextant et d’octant
avant de faire la mire sur des étoiles textées, sextées, toutes en octées.
à quoi l’on se repère, avec dextérité :

au coeur du bruit, l’informe, l’information l’en formation qui forme,
non la terre ferme ou la terre fermé mais la mer ouverte la mer ouvrante

en vague, en nappe, en plans de profondeurs distantes
en planche en esquif en berceau de rose et d’osier

autour du Maelstrom auteur des tourbillons
à cause de Poe à cause du Pequod
mais comment mettre la main sur cette bouée
comment sauver sa peau dans cette spirale sans fond
sans saisir
que ce cercueil n’est pas le nôtre ! Et qu’il n’y a pas de honte  s’en faire un radeau !
c’est le secret de certains livres, et la propriété de certains films
c’est le pouvoir de certains mots

[Et voilà qu’une coquille de noix, qu’une coquille de noise nous a sauvé de la noyade.]

Ecoute ? J’écoute. Ecoute ? J’écoute.

Il faut s’emparer des mots, et s’inventer des prises, des sursauts, des rebonds.

Ekoute
.[EKOUT]

il en va ainsi des verbes, changés en blasons, en nom de guerre au nom d’Aguirre
en noms de plumes qui planent en nom de scènes
pure injonction, sans locuteur, sans locution

Et comme il y a FUCK qui est peut être un conseil, qui peut être un mot doux, comme il y a KRÈVE qu’il vaut mieux ne pas trop prendre à la lettre 
sauf si l’on a passé sa vie dans une bulle de savon

écoute, comme une corde à vide : l’ouïe, l’audition

et voilà

les poissons respirent par les ouïes
et nous nous respirons par les sons.

les poissons respirent par les ouïes
et nous nous respirons par les sons.

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[CIRE]

et nous sentons le monde
à partir de dés de cire
de cartes et de désirs
de nécessaire d’écritures inouïes

la cire mémoire des sceaux 
la cire des premiers sillons cylindriques à musique,
la cire des bouchons qu’Ulysse dispense à ses marins 
et dont il se dispense 
pour être ravagé par la mélopée, par l’air des sirènes,
et celle des brassées d’Icare dans les airs

la cire est plus noble qu’on ne le sait

la cire était notre colle elle était notre feuille, elle était notre mémoire plastique
elle était Cera, elle était-sera, elle était la forme fidèle et déformable
elle est aujourd’hui numérique
la cire sert à l’écran — sort des pixels plastiques
et son totem tablette, et sans tabous la tabula rase
effacer, préparer la suite — rafraîchir

et quand l’écran toujours en friche deviendra-t-il rafraîchissant ?

alors à nous ces bribes de scribes

à nous le fait que le langage comme l’argile peut être cuit
reste parfois cru
et qu’il peut fondre

mais sur qui ?

Back_to_SUMER
[SUMER]

nous passerons tout l’été vers Sumer
Ce sont les murs qui parlent, ils s’adressent aux murs d’autres cités
passées, futures
Ce sont les murs d’Uruk ils parlent d’enceinte et de briquetage
et c’est un caquetage d’empire et de pierres premières
ils parlent de leurs rainures et de leurs fondations 
ils parlent
et cette parole épique c’est la première histoire,
au plus près du poème : l’épopée-même
de Gilgamesh
comme une poupée-gigogne aux histoires enchâssés,
déjà le Déluge, déjà l’Odyssée
comme les murs au sein des murs au sein des murs de la cité

C’est la première histoire
et Tout est sujet à épopée
le geste, ton geste
et sa mise en pensées :
ce qu’on appelle encore la Geste.

Et la première comparaison
de la première tablette
de la première épopée,
s’adosse à l’enceinte
elle dit regarde la finesse du briquetage de ce grand mur d’Uruk :
elle dit «beau comme un filet à oiseau».
À cette invitation de la voix, la brique le cède aux mailles,
le mur le cède au réseau.
Ce premier beau comme, belle comme,
c’est le maillon et la jointure entre deux objets distincts,
et la pensée ouvre enfin la main
et la chimère n’est plus très loin.

Jeter un filet comme on jettera plus tard des sorts.
Jeter un filet d’attentes, être atteint, faire attention.
Précaution des gestes, adéquation des mailles, surprises, parfois, de la prise.

En écoutant, l’on filtre, en se rappelant, on forme, en partageant
(et en partageant seulement), l’on sait. — l’on sème.

evok
[EVOQUE]

Evoque donc, car il s’agit d’évoquer et de vocaliser / dans le vacarme et l’analyse
dans la tranquille irisation

l’un et l’autre, l’un pour l’autre après l’autre

ONIX ONYX TRACE IMG_0723
[ONIX]

Onyx aussi relève de la géographie des sanctuaires
relève de la psycho-géographie
et du sonnet en X, du sonnet en X-OR vous savez, ce mystère,
et je ne vous parle pas d’X-OR de Shotaro Ishinomori
sage héritier télévisuel de San Ku Kai
dont le dessinateur de science fiction Philippe Druillet
affirme qu’elle est issu d’un projet de collaboration franco-nippon
d’un Lone Sloane avorté.

Non je pense au poème de Mallarmé — mais la pensée va par vague vous savez
«Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx»
et fixe, et styx, et des licornes ruant du feu contre une nixe
et de scintillations sitôt le septuor

et les rimes rares et les créatures légendaires, et l’aboli bibelot, et le néant sonore.

Car il est des miroirs d’onix et d’obsidienne qui sont tout à fait noir ou tout à fait polis
et dont le reflet absorbe bien plus qu’il ne réfléchit

Car il est des poèmes car il sont des chansons qui nous ont conforté, réconforté et rendus plus forts — cette mixtape est tapissée dans nos abysses
et reste éparse en ton for

parfois la rue nous tend une perche
parfois, elle nous dépêche un perchoir
et nous plongeons, à pieds joints
dans les rayons de cette mémoire

la pschogéographie à portée de ponts, à portée de puits
j’ai revu un an plus tard, à Marseille ou sur Mars, ce tag écrit d’une autre main
dans un échafaudage : il faut le faire
car ici tout ici échafaudé — comme s’il s’agissait d’élucider

le message d’une main totalement étrangère et pas pour un sou sous pseudonyme
qui prendrait sporadiquement en otage des étages entiers du réel
sur le pas d’une porte, d’un pan de mur, d’une contremarche,
à la croisée d’une fenêtre et d’un miroir.

des ponts, des points : des passages
il y a à Paris mille milliards de tags
c’est bien le diable si nous n’y trouvons pas notre compte de Monte-Christo. 
Mille millards d’îles aux trésors, d’enclaves et de mots-clés.

Et sans doute le clavier n’est-il qu’un trousseau de clés arrangé de manière plane.
Nous aurons des mots-clés pour accompagner au clavier nos machines à écrits
nos machines à écrins si nous le voulons bien.

Chaque mot valant son enquête assidue
porte au-devant de nouvelles portes, porte au-devant de nouvelles fenêtres,
de nouveaux ponts, de nouveaux points

L’onyx en son temps était prisés pour ces camés gravés ou pour les sceaux
l’Onix moderne nous fait l’honneur d’un caméo —
car la première rencontre avec ce tag s’était faite en plein dix-huitième
arrondissement de panem.
Onix__ses_purs_ongles_tr_s_haut_d_diant_leur___Is_that_gypsum__Marseille_rime_en_-or_et_rime_en_-ix.
Et voilà qu’onyx était un des petits noms qu’on donnait à la pierre au XVIIIe
dans les inépuisables carrières de Gypse qui pullullaient dans la zone.
L’Onix de Montmartre — tu parles d’un phœnix.

Ledit gypse n’étant autre que celui dont on tirait le plâtre
La poudre et l’enduit même : c’est d’un commun mais c’était d’un précieux
et pour cause, ce plâtre a fait Paname au fil des siècles, il est partout plafond,
et ces carrières murées sont l’apocryphe caveau de la Commune.

En français, on a pas 38 mots pour parler de la neige, mais par l’albâtre et par l’alabastère on en a pléthore pour parler du plâtre.

Hommage à la poudre à bâtisse et pour fissure,
pour blanchir et pour réduire toutes sortes de fracture.

Paris brûle-t-il ? Paris brûle-t-il ?
raconte le conte du Général Von Son-Compte-Est-Bon

Non, car les murs et les plafonds sont de ce blanc qu’on dit de Paris,
et qui est, c’est tout à fait propice, tout à fait ignifuge.

Londre a brûlé au fil des siècles plus de fois qu’à son tour, au fil de ses grands incendies. Pas Paris.

Paname avait une amulette et l’ignorait.
Voici l’aura derrière l’onyx, et je l’ignorais : jusqu’à ce que.
Paris braille-t-il ? Oui, mais il faut fermer les yeux et lire le braille au mur.

Et qui n’a jamais, par amitié, écrit sur un plâtre ?
à cette école naïve des graffiti

[ TRIADES ]

c’est un poème qui dégénère et s’regénère en floraison, en frondaison
et j’aimerais juste l’écrire comme une colonie de corail 
en mode rendez-vous
à O.K Corral

J’aime les tags en trios de consonnes en triades
qui nous rappellent à nos cinq doigts de voyelles,
et combien récente et cruciale est cette main dans nos desseins.
Et quelle randonnée pour en arriver à nos 26 lettres
Et que le Betagam le cède à l’Alphabète,
Aleph Bêle, Guimel Halète.

Passé les rébus du début, c’est une véritable machine à sous, euh, machine à sons,
revoilà le phénix mais il est phénicien, il est très phonétique

Et qu’eul Bandit Manchot pour un Body l’achète.

LST
[L.S.T.]
et comme en flottaison, Liste compte fleurette à Lost, et Last but not Least, Lust est très Leste dans ses façons. Las Lost est lesté de plombs de typographe pour son plongeon
vers

LZR
[L.Z.R]

et même l’envers des panneaux directionnels 
semble indiquer un contre-courant dans la circulation.
Est-ce Lazard hagard le revenant de la garde, ou Lisière la frontière. 
Est-ce le lézard de ces lézardes ?
Ce qui s’hasarde en nous, à y redire, l’esprit même
de l’interprétation.
krs

[K.R.S]
et nobostant le groupe de Hip-Hop, happé par l’époque,
nous oscillerons toujours
entre CUIRASSE et CARESSE
qui nous protège
qui nous frémit

lire comme un ouvrir, voir, comme un ouvroir, 
je vois KORUS le soir — une épopée à partager comme un lieu de mémoire

J’écris un Korus, pour chœurs asynchroniques, 
et le Corpus est composé de mots qui portent haut comme l’aube leur étendard

Arzak
[MOEB] / [ARZAK]

en cette Horus demeure à la mort de Mœbius
j’ai vu Moeb écrit sur la bouche du métro
Arzak est sur un banc de Belleville
c’est Moebius qui dort dans cette belle ville
Ci-Gir le grand rêveur et notre arcane Major. C’est tout.

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[EFFACÉS]

J’écris, je capture, la ville se régénère.
Elle se meut et mue en permanence
et je ne pense pas qu’elle meurt — ni sous les graffiti, ni sous la lutte de la marée-chaussée contre la marée même, on écrit, cela passe, on efface — et certains endroits conservent parfois les traces.
Le lendemain même de l’histoire de Bastille et de son arsenal de mots atomisés, 
de pierres dispersées et réutilisées,
le lendemain même RUNE avait disparu et LUST avait résisté.
efface

si les inscrits présentent un mystère, que dire des effacés ?
chaque recouvert (mais jamais à la perfection),
chaque chiffoné et remélangé à la couleur, au fond
devient à son tour un joker
et n’importe quel tag, au fond, de notre table des matières
coup chiffon
La liste des Lost, et dans l’épaisseur du mur ou du mille-feuille d’affiches,
notre dictionnaire oraculaire

notre atilatlas en mode flipper
ecorece
notre Corpus Cristal

Le très humble incipit, du Korus Corpus.
Noam A.

 

 

Korus @ Arte Creative

Voici la vidéo du Korus @ Montrouge réalisé par Benjamin Efrati du collectif Miracle.

Nuit blanche, le texte écrit le matin même, joie de le dire, balbutiements de la pensée, il y a, il y aurait, il y aura mille choses à redire, mais le signal de départ est donné.

Benjamin m’informe que la vidéo sera mise en ligne sur le site d’Arte Creative — le Korus, dans ses multiples incarnations futures, est lancé.

 

Edit : la vidéo a été mise en ligne sur Arte Creative

Korus Live Session @ Montrouge 19 mai 2014

[edit : voici la première version du texte, celle lu pendant le live @ Montrouge, la seconde version a été postée sous le titre Pour un Korus.]

tout a tout aurait commencé comme ça, je crois : un jour, à Bastille
à Bastille la station, au bastinguage d’une fenêtre qui donne sur le Canal
accoudé un instant pour écouter un air de guitare, le regard dans le vide
puis dans la vie :
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(à) prendre (soin)

Il y a quelques années j’ai commencé à entendre l’expression “soin !”…

comme un argot du Havre — arrivé à Paris, de proche en proche, de bouches en bouches, d’école en école.
Pour dire c’est bien, classe ou si soigné.
Comme tout argot : incongru
jusqu’à ce qu’il soit adopté
par sa bande.
Et_SOIN_ou_Care._Soucis_des_choses__attention_faite._Mot___m_diter.

Ainsi sont nos mots diffusés.

Pour le soin — devise faite pour rire, mais prendre soin, faire attention,
sont de ces expressions précieuses — j’entends de loin la théorie du Care.

Take c. & c. for.
Que l’on prononce à la française Théorie-du-Caire.
Mais quel est donc le hiéroglyphe du Care ?

Comment le dessine-t-on ? À quoi, à qui le destine-t-on ?

Les mots sur les murs nous rappellent parfois aux idées
qui font la forte tête.

Les voici, nos coïncidences avec un autre scribe, pour qui le mot avait un autre sens, était peut-être un nom. Qu’est-ce qu’un soin, qu’est-ce que le soin — sinon le “sort de soin” des jeux vidéos, où ressuscitent heal et sortilèges — demande de soin et santé du groupe d’aventuriers, quand Cure et Curse se côtoient sur la barre des sorts,
à une lettre, un raccourci de distance.

Le salut à la sauvegarde s’emmêle.

Everywhere__save__here

Quel sera le sort du soin — quel est le sort du Care ?

Je repense à ce T-Shirt rose entrevu à Berlin, dans cet anglais du corps, celui de nos dos & de nos torses changés en supports.
(et quel Tee, car en anglais, ce T est devenu un support de marque mais aussi de maquis, on emporte en penderie comme une collection de glyphes).

IMG_6270

Take c. VS I don’t c. Ce qui s’en fout. Qui n’en fait rien.

Who cares ? demandent deux personnes,
et elles entendent par là une chose totalement opposée.

Il est des tags que je collecte, comme on ramasse un coquillage dont la forme singulière, parmi les centaines de la grèves, nous semble correspondre à quelque chose d’intérieur. Ils forment les têtes de chapitres d’un corpus, le Korus, sur lequel j’élabore depuis un an — et cet index se met à luire, quand je retrouve le même mot tracé d’une autre manière, par une autre main, dans une autre ville : la grammaire du grimoire qui s’édifie saute sur l’occasion.

Si_l_on_sait_prendre_soin...

“Attention : Travées”

On appelle épigraphie la science des inscriptions sur matériau imputrescible, le marbre, la pierre tombelle —
aujourd’hui le métal, le béton, le bitume et la rame de métro.
Et runes et graffiti s’y mêlent.

Il faut prendre soin des mots. Aussi.
Parmi les alphabétisations de la rue,
des noms d’avenues ponctuelles,
des réclames atterrantes des mots en servage
— ces mots sauvages nous cueillent parfois au vol.

Du langage et de la dose.

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J’entends beaucoup parler du Pharmakon — à qui l’on doit pharmacie —
et de ce qu’en grec c’est un seul mot qui recouvre les réalités de remède et de poison. Voilà qui est bon pour penser ce qui est à double-tranchant, ni tout noir, ni tout blanc. Entre autres : ce qu’on appelle le numérique.
Ce mot d’alarmes et de louanges.

Je pense à Paracelse, à une notice de ce médecin & alchimiste lue sur un carton du Jardin des Plantes (justement devant le carré des Simples, ces plantes médicinales si prisées au moyen-âge) :

IL N’Y PAS DE REMÈDE

IL N’Y PAS DE POISON

IL N’Y A QUE LA DOSE.

Il nous suffit pour cela de penser à la Digitale, si bien nommée — une dosage très subtil sauve un coeur fébrile, une goutte de trop tue son homme inoculé. Combien nous importent ces histoires de dose !

Là l’extase, l’anesthésie, et celle de trop.
Principe actif et quinte essence : la pharmacopée est un art de mélange, de risques inévitables. L’on ingère, injecte, inspire et l’on joue, en écoute, on lit — on tente sa chance.

Entra la data datée — et le donnant donné, entre la mise en jeu et la masse des données dédouanées : livrée, volantes, crispées, cryptées.
Ils se disent des mots secrets. On se targue de mots privés.

Entre la saga et la sagaie.

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Quelque part, quelqu’un boit la Cigüe.

Ailleurs, c’est peut-être à Marseille, quelqu’un l’écrit —
cela nous rappelle quelque chose, peut être un nom.

Le savoir qui nous guérit, celui qui l’empoisonne :
on ne va pas se mentir “le monde est dangereux” :
voilà qui n’empêche pas de rire.
Toute écriture manuscrite se réapproprie l’alphabet.

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Le langage — tout scribe en a l’intuition — contient toutes ces choses.
Si seulement la marche était écriture, si seulement les marches pouvaient parler.

you_know__you_know__you_know__go_go_go_-_Magnolia

L’escalator d’Arts et Métiers est à ce titre assez bon messager :
sur les murs et par paliers, sur les sols de la ville où l’on cause.

Techniques de soin : techniques de sauts.
Et partout nécessaires ou cruellement absents,
nos petits et nos grands savoir-faire.

Que l’on recadre l’image entrevue plus haut sur un plus large champ :

IMG_8769 Le soin est qualifié (les mots des rues aussi s’entre-califent).
La juxtaposition des mots fabrique un énoncé qu’on invente en jouant les liants : faire attention c’est aussi tisser l’accolade.
Le projet d’écriture qui me tient tant à coeur
joue à prolonger cet oracle au marqueur.

Notre regard oscille et rase : faire attention au sol, aux objets perdus, aux souvenirs disséminés. À ce qui dans la cité est justement cité : la parole brute, le sens unique se transforment en croisées.
Matière solaire : et la lumière de nos clichés jusqu’au couchant, de nos lampes torches, de nos écrans attisés,
et dans ce qu’en pensée l’on appelle parfois lucidité.

Qui l’obscura qui lucida : quel beau jeu d’ombre à perpétuer.
Entre portes mentales et mot-emporte-clefs. 

mercredi 13 novembre — Dies Mercuris
Le_seul_hotel_Herm_s
Marcher dans la ville comme sur un clavier
Mercure des caducées, Hermès aux deux serpents enjoués.

Certaines_lettres_sont_en_pleine_cavale___Elles_se_nouent___tout.

On écoute (on démêle).

La_feuille_tombe_pr_s_du_mot_-___point_nomm___HACK.___la_fois_injonction__ethique__art_de_faire.

On découpe ( pour ne pas dire hacker ).
Et l’on recolle, on recompose en reliant à notre aise.
Les atomes ne sont pas insécables et les insectes portent le nom de leurs sections du corps — tout fourmille (et puis s’caparaçonne) 

Et_marque_de_silicate.

Nous devrons prendre soin de ce silice.

Nos atomes de carbone interagissent avec cette cette matière qui s’immisce : nos cartes graphiques, nos mémoires sur clé, nos mots sur écrans.
Un silence inscrit sur une portée.
Comme un noeud signifiant sur une ligne de temps.

Soi.

Ces mots sont dans l’air : impression, rétention, protention
(des mots à fouiller) et tout est dans cette expression anglaise,
to cast a net — jeter un filet comme on jettera plus tard des sorts.
Jeter un filet d’attentes, être atteint, faire attention.
Précaution des gestes, adéquation des mailles, surprises, parfois, de la prise.

En écoutant, l’on filtre, en se rappelant, on forme, en partageant (et en partageant seulement), l’on sait. — l’on sème.

 

Dans la sunchronie d’un u qui s’écrit comme un i —
l’on se comprend.

Allso__sun.

Au milieu des codes simultanés, des règles du jeu prismatiques, l’on se comprend. Et l’on soigne le signe que l’on a côtoyé.
Je me répète de texte en texte :
c’est la première comparaison
de la première tablette
de la première épopée :
regarde la finesse du briquetage de ce grand mur d’Uruk :
“beau comme un filet à oiseau”.

À cette invitation de la voix, la brique le cède aux mailles,
le mur le cède au réseau.

Who_s_the_third_crow_
Prodige des géomètres (c’est à dire des (i)mages) :
non pas le premier point,
mais la première constellation.

Prenez soin d’eux(vous).

 

Korus 2013.