Retour (re)vers cet espace

Un blog s’entretient, s’alimente, se nourrit tant qu’on maintient un lien particulier avec un espace digital qu’on peut appeler chez soi. La maison ouvertes aux quatre vents que l’on tient comme un journal.

Cette page me fait l’effet d’une maison hantée, ses murs trop neufs, son interface wordpress si soignée, son nom de domaine (car il est des mots que l’on doit déposer si l’on prétend s’en emparer). La nouvelle maison dans laquelle je ne suis pas venu habiter. Je me suis égaré entre ces deux lieux : un feu de camp entretenu trois ans sur Canalblog et puis la dissolution dans le grand cyberspace, phagocyté par des brèves de plus en plus brèves sur FB.

Publier un récit de rêve ici ou sur Facebook, je ne sais pas ce qui est le plus intime. Certains ont pourtant des formes de bulles de savon si curieuses que j’aimerai simplement pouvoir les laisser s’envoler.

Car il y a ces choses que je veux écrire, que j’aimerais partager, et la chape de plomb d’une censure qui s’exerce à la source “pourquoi cela plutôt qu’autre chose”, “organise tes pensées”. Le découragement durant un instant la distraction enchaîne violemment de par sa ronde de liens sur des sites d’actualités, activation presque simultanée d’un itinéraire, pomme N, pommène, l’écran sans épaisseur est redevenu impénétrable, épais. Next après Next, ext, xt, t.

Ici c’est différent. Et c’est pour la toute première fois que je m’y exprime directement, simplement pour retrouver un ton juste, un maintien de l’attention. Un point d’ancrage dans le grand ça : un sas.

Le caisson de décompression nécessaire à cette sortie en mer. J’ai dans ma poche, j’ai dans ma main, j’ai sous mes doigts ces puits sans fins, qu’on ne s’étonne pas des problèmes de concentration endémiques : c’est l’ivresse des profondeurs… quel retour en force, et quelle génération future d’addicts & de plongeurs. À nos risques et périls, à nos joies. À la constitution parcellaire d’un humanisme numérique ?

Car il s’agit ici de reprendre son souffle, de prendre pied, et d’écrire tout simplement, d’analyser les mutations qui m’entourent : je sens bien que le livre numérique a pour moi la forme d’un grand point d’interrogation planté à la surface de l’écran.

Je recommence à écrire hors de mes carnets.

La pieuvre que j’ai pris pour totem à mes 16 ans débutants doit, après ce grand voyage, recommencer à s’incarner.

 

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