Lire au format d’un cyber-missel

Journal de Lecture Numérique,  2010-2011
sur iPod Touch puis iPhone 4 — exclusivement avec Stanza, une application de lecture parfaite, connectée aux catalogues de Feedbooks et Gutenberg
mise à mort par Amazon, en silence, en toute honte, car ses utilisateurs ont du migrer vers des apps tout simplement moins souples dans leurs réglages…

format exact de la page d’un missel de cuir rouge relié
in-seize ou in-dix-huit : ce sont des formats qui ont existé
dans lesquels on a lu — dévoré — consumé

chose certaine : mon iChose me sert plus à lire qu’à téléphoner

* une étoile devant les livres du domaine public
§ si c’est une relecture
$ si je l’ai acheté
° si je me le suis *cough* procuré

dans l’ordre où ça me revient

Alexandre Dumas
* Le comte de Monte-Cristo (premier livre lu sur Stanza, les naseaux plein d’embruns, voyage à Marseille, et Chateau d’If entr’aperçu… fait naître le désir de relire, en quelques minutes je suis plongé dedans, et la lecture se continuera tard dans la nuit, en blanc sur noir (adopté par la suite en continu) à la lumière de l’engin)

Melville
* Moby Dick (je ne l’avais jamais lu, quel voyage. Comme un tour du monde, des calmes plats, des tempêtes, des journées passés à plonger ses bras dans la graisse de cachalot, bref la vie, et l’écriture dans tout ce qu’elle a de vaste et de précise).

Joyce
* A portrait of the Artist as a Young Man (mon dieu, après Dubliners, selon la théorie de l’escalier Joycien, je dois maintenant attaquer Ulysse et après… Finnegan ! To the end of the night !)

Marcel Proust
* Sodome et Gomorrhe (en entier — les pages de Proust, dans lesquels je me perdais dans des éditions papier où le texte était tassé et ici absorbé cuillerée par cuillerée phrase par phrase avec plus de piquant et de saveur)
première partie du *Côté de Guermantes
début du *Temps Retrouvé (cela ne m’empêche pas de naviguer entre des périodes différentes de la Recherche, inexplorées)

Edgar Rice Burroughs
* Cycle of John Carter of Mars (un période sword & adventure, extrêmement répétitive ( ! à la phrase, à la description près entre chaque tome et chaque fin de chapitre sur John Carter assomé qui perd conscience, ça en devient presque de la littérature itérative !) mais totalement jouissive — je suis très déçu que le blockbuster qui doit prochainement sortir ait coupé le “of Mars” pour des raisons de marketing, du coup je rajoute “of Mars” au nom de tous les autres films, ça marche plutôt bien). A princess of Mars, The Gods of Mars, The Warlords of Mars, Thuvia, Maid of Mars, The Chessmen of Mars)

Alan Moore
° Voice of the Fire (après avoir acheté la version papier, j’ai trouvé l’interligne et la police proprement désagréable, j’ai donc constitué un ePub maison, lecture bouleversante de magie sur une timeline de 10 000 écrits dans 5 langues anglaises faudrait-il dire tant l’anglais y est différent)
° Light of Thy Countenance (après avoir lu le
comics je voulais lire la prose toute seule — magnifique)

Arthur Machen
* The three Impostors (après avoir écouté les magnifiques performances d’Alan Moore dans Snakes and Ladders je me devais d’ouvrir Machen, c’est chose faite, on sent l’inspiration qu’il a été pour Lovecraft)
* The Hill of Dreams

Howard Philip Lovecraft
The Shadow over Insmouth (quel talent… Peace & Lovecraft)
Oniric Quest of Unknown Kadath (le plus beau livre de Lovecraft… mais dans le genre de la fantasy — hors du monde)

Jules Verne
** Voyage au Centre de la Terre
** Vingt Mille Lieues Sous les Mers
** L’île Mystérieuse
(les noms des personnages de Jules Verne ont sur moi un pouvoir impérieux : Némo ! Arne Saknussen ! Lord Glenarvan ! Aronnax ! Ned Land ! Cyrus Smith ! Gédéon Spilett ! Ah ce positivisme pur et dur, cette épopée d’ingénieur, mais cette éruption du Mont Lincoln ! Cette vision d’Atlantis ! Ce mouvement constant vers l’avant ! Mobilis in Mobile…)

Victor Hugo
* Les Misérables
(lire les misérables en prenant le bus et le métro dans Paris c’est voir se superposer des époques à la sienne, Javert ! Et pouffer de rire à chaque fois que j’ai penser aux Miséroïdes, j’avoue avoir sauté une dizaine de pages sur l’histoire d’un cloître, mais tout le reste, quel enchantement)

* Notre-Dame de Paris (magnifique de pouvoir copier-coller des passages sur l’argot, sur la Cour des Miracles, Hugo ou le epic win de la littérature du XIX, à base de lyrisme et de popopom — in your Guernesey, writing your head off)

Cory Doctorow
*Collected Essays (Cory ou le Geek de Combat, brillant essayiste cyberpunk)

Lawrence Lessig
*Free Culture (c’est une lecture passionnante, une vraie prise de conscience, sur l’importance du Domaine Public et sa mise à mal)

Ursula K. Le Guin
° The Word for World is Forest (la nouvelle sur laquelle  serait pompée Avatar si ça avait été un grand film)

Pierre Louÿs
* La Femme et le Pantin (période Pierre Loüys dans le métro, ça réveille)
* Les Aventures du Roi Pausole
* Trois filles de leur mère ( une des lectures les plus hard-core que j’ai jamais faite, Pierrot tout en restant très bonhomme pousse la chose dans ses retranchements)
* Aphrodite (très beau — souvenirs de Salammbô)
* Lêda ou la louange des bienheureuse ténèbres

R. Martin
° A Song of Fire and Ice (après avoir vu la série, il est possible que *ahrem* Méga Upload ait contribué à me faire dévorer le cycle de R. Martin, non-stop, presque sans boire et sans manger. J’offrirais avec joie le coffret de bouquins quand un de mes petits cousins attaquera l’adolescence et aura fait quelques progrès en anglais !)

Eliphas Levi
* Histoire de la Magie (extraordinaire voyage chez les alchimistes et occultistes, des morceaux de bravoures extraordinaire, quelques passages très pieux pour se blinder du côté de la censure, et une mine de personnages oubliés — Solve et Coagula : la devise des alchimistes, décomposer et reconstruire, ou la geste des deux états du monde)

Apollinaire
* Alcools (la poésie en ePub ça reste encore un grand défi, là c’est simple il n’y avait pas de retour à la ligne après chaque vers… seulement entre chaque poème… mais du coup, lecture époustouflante d’un magma poétique, mon oeil reconstituant les vers, aux majuscules, au rythme. Beauté fulgurante de ce recueil, qui alternent tant de tons et de temps.

Doit reconnaître que le déclencheur, le souhait de voir soudainement apparaître le recueil — souhait comblé par Stanza et le projet Gutenberg — venait d’un vers affiché dans mon wagon de métro

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends

Une initiative que j’avais déjà vu — avec une sélection de meilleur goût en général — dans le Tube londonien)

Neal Stephenson
Diamond Age
&° Snow Crash (sur une terrible envie, en plein Paris, de relire Stephenson, après avoir acheté, offert, perdu tant de tomes, je me dl furieusement ces deux volumes — quel écriture, et quelles visions, entre Snow Crash et sa pensée sumérienne de l’écriture comme code, comme virus, comme magie performative et Diamond Age avec son livre intelligent je nage dans ce que la science-fiction a de meilleur à offrir, de la richepensée)

Voilà — rétrospective qui je l’espère me servira à l’avenir. Écrire la liste des livres que l’on lit aide à s’en souvenir… à construire une carte des titres, cartes à jouer au jeu de la mémoire,
que lisions nous il y a trois mois, pour moi c’est parfois une énigme).

Les conclusions que j’ai à en tirer sont aussi à venir. Sur ce mode de lecture, aucun problème à le garder immersif, c’est même encore plus prenant qu’un livre papier, notamment pour le poids. A chaque minute, d’une main, debout dans le métro, à l’arrêt après avoir raté le bus, je dégaine et je plonge. L’hiver dernier, les mains y ont souffert, mais cet année les gants à bout conducteurs ont fait leur apparition… Petit luxe de geek littéraire.

2 thoughts on “Lire au format d’un cyber-missel

  1. Petite question, par curiosité : combien de temps mis pour lire ‘Les Misérables’ ? (C’est juste un exemple, pour me faire une idée du rythme de lecture…)

    J’en profite pour ajouter : sympathique blog :)

    • alors c’est drôle, vu que pour la lecture numérique, certaines applications comme ReadMill sur iPad pourrait sûrement me le dire à la seconde près.
      Mais Stanza n’offre pas ce genre de mesure, et je n’en suis pas fan : je dirai donc trois ou quatre semaines disséminées dans les transports principalement (j’ai deux heure de metro chaque jour, depuis l’enfance, j’ai appris à lire dans ces cahots !)…
      En fait un rythme de lecture plus rapide qu’en papier. Dû aux pages plus petites sur l’écran d’iPhone, fidèle aux droits du lecteur de Daniel Pennac je me suis permi de sauter une trentaine de pages sur l’histoire d’un couvent, incise un peu lourde, mais pour le reste : que du bonheur.

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